LE HASARD FAIT SI BIEN LES CHOSES…


LE HASARD FAIT SI BIEN LES CHOSES…

œuvre de Gaston Teuscher

Written by Lucienne Peiry in Article Portrait

21 février 2015

« Gaston Teuscher se découvre une vocation tardive et commence impulsivement à dessiner à l’âge de soixante et onze ans. Il apprécie particulièrement les supports de fortune, de petits formats, et récupère notamment le papier des nappes de restaurant, dont les irrégularités lui paraissent suggestives ou celui, métallisé, de paquets de cigarettes. Il exploite taches, plis et déchirures, les rehaussant à la mine de plomb ou au stylo à bille, puis avec du marc de café, du jus de tabac ou de cendre, avec du vin, ou à l’aide de la flamme d’une allumette. Personnages et silhouettes spectrales aux visages ondulants peuplent abondamment ses compositions. Teuscher ne se considère pas comme un artiste mais comme un amateur qui révèle  ce qui préexiste dans la nature, explorant un processus qui fait la part belle au hasard. «Voyez ces chocs d’ombre et de lumière, cette architecture mouvante dans le lointain, ces montagnes soulevant les nuages !» s’exclame-t-il devant un papier froissé et maculé. Ses œuvres peuvent être interprétées comme des supports hallucinatoires qui lui permettent de donner corps à ses fantasmes.

 Dessinateur autodidacte prolifique, Gaston Teuscher a créé près d’une dizaine de milliers de compositions graphiques, travaillant spontanément dans le train, sur la table d’un café ou dans la rue. L’idée d’une spéculation commerciale lui est étrangère et il offre ses créations, avec parcimonie toutefois, estimant que rares sont ceux qui peuvent comprendre leur signification.

Gaston Teuscher (1903-1986), né dans le village de Montherod près d’Aubonne, en Suisse, est issu d’une famille de paysans. Son père est employé dans les fermes et sa mère sage-femme. Dès la fin de sa scolarité, le jeune homme décide de voyager à l’étranger et donne des cours de français et de gymnastique dans quelques pays d’Europe. De retour en Suisse, il exerce la profession d’instituteur jusqu’à l’âge de la retraite, puis mène une existence de nomade, sillonnant le pays en train des jours durant, de ville en ville, pour le seul plaisir du voyage et des rencontres imprévues et éphémères. »

Extrait d’un des textes de Lucienne Peiry qui figurent dans « Le Cahier dessiné » no 10 qui vient de paraître (2015), et fait office de catalogue de l’exposition présentée à la Halle St Pierre « Les Cahiers dessinés ».


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