Written by Lucienne Peiry in Le Carnet
2 juillet 2026
In English, please see below.
Provenant du monde entier, les auteur.e.s réuni.es, ont réalisé costumes et parures à la forte portée symbolique. Certain.es les ont revêtus, faisant de leur propre corps le support de leur expression lors d’étranges performances, publiques et solitaires. Conçues avec des matériaux humbles, souvent récupérés et transformés, ces tenues d’apparat ont été cousues, brodées, tissées ou peintes, de manière innovante, dans un esprit de jubilation, d’ironie et de rebellion. Elles ont valeur de résistance. Ces créateur.trices de la marge inventent des vêtements fantasques et intimes pour leur propre usage, hors de tout cadre institutionnel et de toute officialité. Si plusieurs d’entre eux ont une fonction réparatrice ou constituent une enveloppe protectrice, elles leur permettent aussi d’élargir les limites du réel et de se livrer à une aventure onirique et théâtrale qui nourrit leur quête existentielle. Ils retrouvent leur identité et affirment dès lors leur présence au monde. Chacun.e y imprime ce qu’il a de plus précieux, l’expression de son corps, en creux, comme s’il confiait : « Ceci est mon corps ».
Les auteur.es sont entre autres : Arthur Bispo do Rosário, Madge Gill, Marguerite Sirvins, Helga Gœtze, Charlie Logan, Jeanne Laporte-Fromage, Eijiro Miyama, Gustav Mesmer, Giovanni Battista Podestà, Vahan Poladian, Agnes Richter, Melina Riccio, Giuseppe Versino.
La plupart des 130 illustrations reproduites (dont certaines œuvres récemment découvertes) est conservée à la Collection de l’Art Brut, à Lausanne, au Centre Pompidou, au Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut à Lille-Villeneuve d’Ascq, à La Fabuloserie, à Dicy ainsi que dans plusieurs collections publiques et privées étrangères.
L’ouvrage comprend un essai de Lucienne Peiry, une présentation et une analyse d’une vingtainede créateur.trices d’Art Brut, illustrée par leur portrait et environ cinq de leurs œuvres. Le livre contient également un entretien inédit avec Jean Starobinski sur l’Art Brut et l’importance du corps, datant de 2013.
Quelques découvertes seront révélées, comme par exemple des bribes du journal intime de la créatrice allemande, Agnes Richter, qui avait volontairement dissimulé des écrits brodés dans un écrin textile, invisible de l’extérieur. L’œuvre est conservée à Heidelberg, en Allemagne, dans la Collection Prinzhorn.
« Parures et vêtements d’Art Brut », Paris, Le Seuil, 2026
Sortie le 2 octobre 2026

IN ENGLISH
Hailing from all over the world, the artists featured have created costumes and fineries of great symbolic significance. Some have worn them, using their own bodies as canvas of their expression during odd performances, public and lonely. Crafted from humble materials, often salvaged and repurposed, these ceremonial outfits have been sewn, embroidered, woven or painted in innovative ways, in a spirit of jubilation, irony and rebellion. They embody a spirit of resistance. These creators on the fringes devise whimsical and intimate clothing for their own use, outside any institutional framework or officialdom. Whilst many of these garments serve a restorative purpose or act as a protective shell, they also enable the wearers to push the boundaries of reality and embark on a dreamlike, theatrical adventure that nourishes their existential quest. They rediscover their identity and thereby assert their presence in the world. Each of them imprints upon it what is most precious, the expression of their body, in relief, as if confiding: ‘This is my body’.
The artists include notably: Arthur Bispo do Rosário, Madge Gill, Marguerite Sirvins, Helga Gœtze, Charlie Logan, Jeanne Laporte-Fromage, Eijiro Miyama, Gustav Mesmer, Giovanni Battista Podestà, Vahan Poladian, Agnes Richter, Melina Riccio and Giuseppe Versino.
Most of the 130 illustrations reproduced (some artworks have been recently discovered) are held at the Collection de l’Art Brut in Lausanne, the Centre Pompidou, the Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut in Lille-Villeneuve d’Ascq, La Fabuloserie in Dicy, as well as in several public and private collections abroad.
The book includes an essay by Lucienne Peiry, a presentation and analysis of some twenty Art Brut creators, depicted through their portraits and around five of their artworks, and accompanied by a previously unpublished interview with Jean Starobinski on Art Brut and the importance of the body, from 2013.
A number of discoveries will be revealed, such as excerpts from the diary of the German creator Agnes Richter, who had deliberately concealed her writings, embroidered onto a piece of fabric, so that they were invisible from the outside. The work is held in Heidelberg, Germany, in the Prinzhorn Sammlung.