Armand Schulthess, créateur d’un jardin d’Art Brut fabuleux au Tessin


Armand Schulthess, créateur d’un jardin d’Art Brut fabuleux au Tessin

Assemblage d'Armand Schulthess. Photo: Hans-Ulrich Schlumpf

Written by Lucienne Peiry in Découverte Le Carnet

19 janvier 2016

A 50 ans, Armand Schulthess quitte son poste de fonctionnaire pour s’installer au Tessin. Jusqu’à sa mort, il se dédie à la création d’un univers fantasmatique dans son jardin de 20’000 m2: un labyrinthe poétique qui témoigne de ses obsessions artistiques, philosophiques et scientifiques.

Une grande exposition est organisée au Tessin, dans la région-même ou Schulthess a créé son œuvre si singulière. Elle présente des créations et des photographies qui révèlent cette œuvre d’art totale ainsi que d’un film documentaire, unique témoignage de cette œuvre. La rétrospective est à découvrir à Lugano, au Musée d’art de la Suisse italienne (MASI), du 19 mars au 19 juin 2016 (vernissage: le 18 mars 2016). Lucienne Peiry est commissaire de cette exposition. 

Armand Schulthess (Neuchâtel 1901- Auressio 1972) mène durant de nombreuses années une vie sans histoire. En 1951, sa vie bascule : à l’âge de cinquante ans, il démissionne de son travail de fonctionnaire fédéral à Berne et choisit comme lieu d’exil géographique et mental une maison de campagne à Auressio au Tessin (en dessus de Locarno). En rupture avec le monde extérieur, il consacre le reste de sa vie à l’aménagement de son jardin de 18’000m2, qu’il aménage en un vaste réseau de chemins, de passerelles, de points de vue et de lieux de repos. Aux arbres, il accroche plus d’un millier de plaques de métal sur lesquelles il écrit des textes qui touchent à la psychanalyse, la littérature, l’astronomie et la musique, entre autres. Son domaine devient une encyclopédie à ciel ouvert, bucolique et labyrinthique, qui témoigne de ses préoccupations tant artistiques, philosophiques que scientifiques.

A sa mort en 1972, ses héritiers et les autorités tessinoises décident de détruire son œuvre. Des créations ont heureusement été sauvées par quelques personnes sensibles à cette création hors du commun. L’exposition «Schulthess, créateur d’un jardin fabuleux au Tessin » met en valeur des assemblages mobiles, des plaques de métal peintes, des livres reliés et des collages de Schulthess, ainsi que des photographies d’Ingeborg Lüscher, de Gérald Minkoff et de Hans-Ulrich Schlumpf, qui montrent l’artiste et son environnement poétique. Le documentaire « Armand Schulthess – j’ai le téléphone » (1974) de Hans-Ulrich Schlumpf est diffusé en permanence dans l’exposition. La scénographie est de Sarah Nedir, architecte.

Auteur d’une œuvre d’art totale, Armand Schulthess a réinventé une cosmogonie inventive et rebelle qui a fasciné de nombreux artistes, écrivains et intellectuels, notamment Max Frisch et Corinna Bille, qui ont écrit à son sujet ainsi que Harald Szeemann et Ingeborg Lüscher qui l’ont mis en valeur dans la Documenta de Kassel en 1972 puis dans le cadre d’autres manifestations.  

Une soirée exceptionnelle sera consacré à Armand Schulthess: Ingeborg Lüscher apportera son témoignage personnel à propos de Schulthess, avec qui elle a entretenu une relation privilégiée, et l’historien de l’art Ricardo Carazzetti évoquera l’importance du Tessin pour cet artiste. Lucienne Peiry présentera l’œuvre de Schulthess, considérée comme une production d’Art Brut majeure. 


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