Guo Fengyi. « Ceci est mon corps… »


Guo Fengyi. « Ceci est mon corps… »

Guo Fengyi (détail), Collection de l'Art Brut.

Written by Lucienne Peiry in Article Portrait

19 septembre 2016

Lorsque Guo Fengyi se lance dans la création, en 1989, et commence à dessiner, à l’âge de 47 ans, l’intention de son acte est exclusivement thérapeutique : elle cherche avant tout à soulager ses souffrances physiques.

Le travail graphique auquel elle se livre, spontané et autodidacte – « instinctif », pour reprendre son propre terme – est exempt de toute ambition artistique et dénué d’un quelconque besoin de reconnaissance ou d’approbation culturelle ou sociale.

Les vertus curatives  qu’elle recherche dans ses compositions graphiques se diversifient au fil du temps et prennent de l’ampleur, dans tous les sens de l’expression. Sa démarche devient pleinement aventureuse, pour finalement constituer une interrogation d’ordre spirituel et philosophique : « Je peins pour savoir », confiera Guo Fengyi.

Le corps humain est omniprésent dans l’œuvre de Guo Fengyi, dont il constitue le motif iconographique privilégié. Cette dominante s’explique logiquement.

L’expérience personnelle de la maladie et de la souffrance lui procure une sensation aiguë de son corps, plus particulièrement des zones douloureuses. Celle-ci est prolongée et intensifiée par la pratique du qigong qui ouvre dès lors une voie nouvelle, amplifiant considérablement la perception générale interne du corps et de l’espace – une présence accrue à soi-même, aux choses, au monde -, que la dessinatrice peut projeter sur le papier et à laquelle elle peut donner une vie symbolique.

Ces systèmes d’inscriptions semblent se référer ou du moins renvoyer à différentes pratiques traditionnelles, telles l’acupuncture ou la réflexologie, par exemple. Il n’en est rien, affirme Guo Fengyi.

Guo Fengyi révèle ainsi sa cartographie personnelle du corps humain. Une série de dessins des débuts représentent des figures parcourues de méridiens, de circuits d’énergie et de sang, marquées par de nombreux points spécifiques, concentrés sur le tronc et la tête, particulièrement sur le sexe, sur les aines, sur la poitrine, sur les aisselles, sur le sommet du crâne. Elle trace aussi quelquefois le dessous du pied, qu’elle dote de trajets et de points symboliques. Au sein de ces singuliers organismes, les chiffres se succèdent dans des enchaînements continus qui forment des parcours sinueux.

Lucienne Peiry évoque Guo Fengyi lors d’une soirée organisée à la Librairie « Lettres de Chine», à Genève, en collaboration avec la section romande de la Société Suisse-Chine, le 29 novembre 206 à 19h15.

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